Trésors d'argent... trésors d'une arabie flambloyante et sauvage. L'or interdit par le Coran, les orfèvres ont créé des merveilles d'argent ciselé, ajouré, appliqué.
Aujourd'hui, ils se tournent vers l'or, matériau tendance et impur. Les magnifiques colliers amulettes (hirz et mafaghda) disparaissent peu à peu, avec les lourdes manchettes ou les colliers mailles (kirdan ou labba). Acheté au poids, le bijou d'argent était essentiellement un bijou de mariage ou d'héritage. Offert par le mari, témoin de son affection et de sa richesse, il restait la propriété inaliénable de la femme. Il servait aussi de valeur refuge en période difficile.
Les hommes se limitaient à une bague, à une amulette ou à un bracelet et les jeunes garçons arboraient un bijou de protection (boucle, amulette ou bague). L'ornement des femmes en revanche couvrait potentiellement le corps des cheveux à la cheville.
La forme des bijoux rappelle ceux des empires anciens (Rome, Sumer, l'Egypte, l'Asie occidentale). Le collier de mariage yéménite (labba, kirdan) évoque la cotte de maille des Croisés. Certains bracelets traduisent matériellement le passage des routes commerciales - échange des productions, des techniques d'orfèvrerie et des hommes (marchands ou artisans itinérants) - et effacent l'identité locale des bijoux. Les Rashaidas soudanais raffolaient des parures du Yémen et d'Oman. La frontière de l'ornement corporel entre l'Arabie, l'Inde, Zanzibar et l'Afrique semble parfois très floue. Les orfèvres juifs officiaient au Yémen, à Zanzibar, au Maghreb... A Oman, les bijoux s'achetaient, à la pièce ou sur commande, dans les grandes villes côtières. A côté des artisans locaux, des orfèvres itinérants parcouraient les villages plus reculés avec quelques pièces.
C'est un argent très pur, le Thaler de Marie-thérèse, qui a fourni à l'Arabie la matière à ses trésors. Abu rishe, le père des plumes (en raison de l'aigle impérial à deux têtes qui figure au dos des pièces), requis par le sultan de Zanzibar pour chaque esclave mis aux enchères sur son sol, ou encore le douros, étaient fondus ou insérés presque tels que dans des pièces d'orfèvrerie.
Quelques grands maîtres juifs apposaient leur sceau sur certains bijoux mais la plupart ne possèdent aucun poinçon. L'orfèvrerie omanaise est une orfèvrerie d'argent. Elle n'inclut les pierres qu'épisodiquement. Le rouge - corail, cornaline, verre ou perle en céramique - occupe une place à part. Il protège. Une bague de prix, en corail rouge, très onéreux, ou en cornaline, constitue, en quelque sorte, un ange gardien. Aussi, les bédouins les moins fortunés optent pour une fatkhah en verre. Au Yémen, s'y ajoutent parfois l'ambre ou la turquoise. Le tout compose des bijoux un peu rudes, aux formes étranges et belles - les trésors d'une Arabie heureuse.
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