Couteau magique ou dague rituelle, le purba vainc le maléfice et détruit l’obstacle. C’est l’arme cérémonielle ultime du chamane ou jhankri.
Qu’on l’appelle purba, phurpa (Tibet central), phurbu (Ladakh), le dérivé phur transcrit en tibétain le kila sanscrit - « clou ». Il transperce (le mal) et assemble, relie (le bon). La forme du purba serait une réminiscence du clou à trois facettes qui permet aux voyageurs – nobles, religieux, commerçants, paysans – himalayens de survivre et de planter une tente. De cet outil consubstantiel à l’existence nomade, on en arrive au « kila » indien ; aucun n’a survécu et l’on ne peut que supposer une forme originelle assez proche des purbas conservés aujourd’hui. Cependant, la tradition archaïque du « clou » chez des mystiques indiens musulmans et le dessin très allongé de certaines dagues ancrent l’idée d’un usage pré-bouddhique magique du kila. Les motifs arborés au sommet des purbas, parfois difficilement identifiables, semblent souvent mélanger à l’iconographie bouddhiste et hindouïste des symboles au sens perdu, et néanmoins repris.
Padmasambhava aurait consacré l’usage actuel du purba au XVIIIème siècle lorsqu’il bénit le sol du monastère de Samye. En général, trois visages – courroucé, paisible, souriant -, les trois faces du dieu buveur de sang Vajrakila, couronnent la dague. Le corps est constitué d’un vajra dont les deux pointes s’appuient sur deux nœuds d’éternité et se prolonge par la divinité des eaux (Makara) qui agrippe en sa gueule la lame triangulaire où se lovent les serpents. C’est parfois le dieu des airs – un oiseau mythique semblable à l’aigle – qui se substitue au Makara pour lutter contre les forces du mal (les serpents). Vajrakila est le principal dieu associé au purba. Un autre type de dague, surmonté d’une tête de cheval, honore Hayagriva. Les trois lames figurent les trois racines à trancher – l’ignorance, le désir et la haine – et les trois éléments à contrôler – le passé, le présent, le futur.
Le recours au purba en bronze ou en bois, réservé aux chamanes (parfois également usité par les tantristes de haut rang et des adorateurs du b’on), est toujours ritualisé : le praticien médite, récite la sadhana du purba et enfin invite la divinité à prendre possession de la dague tout en se visualisant, fort et conquérant les esprits malins, en train de placer le démon sous la pointe du purba. Il peut aussi s’imaginer lancer la dague et empaler le mal. Le succès de la transe dépend du pouvoir intrinsèque du chamane, de sa concentration, de sa connection aux dieux invoqués et de la qualité des esprits adverses. La force et la fréquence des transes conduisent certaines lames anciennes à se rompre. On les renforce avec des pointes de métal et l’image du clou « kila » d’origine est encore plus frappante.
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